Chronique noire de Maisonneuve

Richard Cloutier s’est d’abord fait connaître comme auteur de nouvelles, puis à titre de chroniqueur de boxe, et finalement, de journaliste financier.

Un critique a dit de l’un de ses recueils : « Lorsque Richard Cloutier écrit des nouvelles, il les écrit le plus souvent comme d’autres écrivent des poèmes. Avec une liberté de ton et d’images où le sujet se précise ou s’efface avec la même facilité. »

C’est un style qu’il a transporté dans cette première série de romans. Il continue ainsi de faire évoluer des personnages troubles au sein d’un univers littéraire où le sang et l’alcool ne sont jamais bien loin.

Au fil de la série Chronique noire de Maisonneuve, une galerie complète de personnages aussi sombres que saisissants évolue et s’entrecroisent au cœur d’une ville tout à la fois prisée pour ses folles nuits qui n’ont rien de banal, colorée par une scène pugiliste florissante, et invariablement marquée par les intrigues nourries dans les arcanes de son industrie financière de premier plan.

Les personnages et les événements figurant dans la série Chronique noire de Maisonneuve sont purement fictifs, et bien qu’elle se développe à l’époque actuelle, la série repose sur une uchronie. Autrement dit, une reconstruction de certains faits historiques à la suite de la modification d’un élément du passé.

Dans le cas présent, la cité de Maisonneuve, au lieu d’être annexée par Montréal en 1918, a plutôt annexé Montréal. Historiquement, à la suite de sa création en 1883, Maisonneuve est devenue en une quinzaine d’années le cinquième centre industriel du Canada et était connue comme la Pittsburgh du Nord… avant d’être emportée par une crise économique.

Le point de divergence sur lequel se fonde l’uchronie permet simplement de présenter une version « alternative » de l’Histoire.

  • Les livres de la série Chronique noire de Maisonneuve seront disponibles bientôt.

Livre 1 – La pluie tombait et la débâcle s’est amorcée

Capture d’écran, le 2020-09-13 à 19.45.43Il empoigna le corps qui gisait au pied de l’escalier. Et après l’avoir hissé sur son épaule, puis avoir traversé la cour intérieure de l’édifice en prenant garde de ne pas glisser sur le sol verglacé qui continuait à se couvrir d’eau au fil de l’averse incessante, il le déposa prestement dans le vaste coffre de sa voiture. Il scruta ensuite brièvement les fenêtres des bâtiments environnants à la recherche d’une lueur émanant d’une bougie ou d’un quelconque éclairage artisanal, mais ne distingua rien d’alarmant. Il ne vit que les habituels commerces surmontés de maisons de chambres, pour la majorité laissés à l’abandon depuis plusieurs jours en raison de la panne électrique. Alors, il se mit au volant de sa voiture et démarra afin de s’éloigner. À l’intersection, il vira à l’est sur la rue Sainte-Catherine, désertée, puis roula brièvement jusqu’à la rue Peel. Il s’y engagea à toute vitesse malgré la mince couche de glace qui faisait patiner ses roues et déporter constamment, par à-coups, sa voiture vers la droite, et gagna le boulevard René-Lévesque.

Dans ce premier roman de la Chronique noire de Maisonneuve, les décès se succèdent en marge d’une enquête pour fraude financière, alors que toute la région de la Vallée du Saint-Laurent est paralysée par une persistante pluie verglaçante et que la sécurité civile a déclenché son plan des mesures d’urgence.

Livre 2 – L’étreinte des naufrageurs

Capture d’écran, le 2020-09-13 à 19.39.13

Il pleut sur la ville depuis des heures et la pluie s’écoule dans les rues sans s’arrêter. Mais pour Lemmy T. Stone, maintenant, toute cette eau ne coulera plus assez pour laver ses souvenirs ou les emporter loin. Au contraire, ceux-ci tourneront auprès de ses luxures comme une bande de coyotes et de vautours. Heureusement, ils n’auront plus pour lui qu’une lointaine signification. Tout ce qui lui paraissait abject 24 heures plus tôt et le faisait péniblement souffrir semble devenu son seul point de référence. C’est donc sans remords qu’il compte dorénavant se griser de ce que l’argent et le pouvoir seront en mesure de lui procurer.

Dans ce deuxième roman de la Chronique noire de Maisonneuve, tandis qu’en filigrane, une série de meurtres qui pourrait être un féminicide tient les policiers en haleine, on s’accroche aux pas d’un jeune banquier poussé malgré lui à faire son chemin dans un système où les privilèges coûtent chers et qui, au final, broie les gens tout simplement.