Kovalev-Ward : l’analyse de Martin Fournier

Kovalev-Ward : l’analyse de Martin Fournier

Par Martin FOURNIER –

Le 19 novembre au T-Mobile Arena de Las Vegas, le champion unifié des mi-lourds, Sergey « Krusher» Kovalev, 33 ans, défendra ses trois couronnes WBA, WBO et IBF face à l’ancien champion du monde WBA et WBC, vainqueur du Super 6 chez les super-moyens en 2011, et médaillé d’or olympique en 2004 à Athènes, Andre «S.O.G.» Ward, âgé de 32 ans. À quoi faut-il s’attendre de ce duel, un des plus attendus en boxe professionnelle pour l’année 2016, opposant possiblement les deux meilleurs pugilistes de la catégorie des mi-lourds et assurément deux des plus grands noms de la boxe internationale à être actuellement invaincus. Analysons ce combat à l’aide de différents critères, soit : l’offensive; la défensive; la vitesse; l’expérience et les facteurs intangibles.

Offensive et puissance : le triple champion du monde Sergey Kovalev possède une fiche de 30 victoires en 31 combats, dont 26 par KO et un verdict nul. Pour l’ensemble des 114 rounds disputés en carrière, il possède un ratio de 84 % de KO, soit l’un des meilleurs de la boxe internationale. Il va sans dire que sa puissance ne fait aucun doute. Le champion possède l’un des meilleurs jabs de la boxe contemporaine. Il est puissant et précis et il l’utilise accompagné d’une puissante main droite arrière, une arme de prédilection qu’il utilise souvent contre le jab de son adversaire. De même, il varie bien ses coups au corps et à la tête et son crochet est aussi très percutant. Il coupe très bien le ring en mettant beaucoup de pression sur ses adversaires, les obligeants souvent à reculer le long des câbles. Son transfert de poids est excellent et permet de maximiser la puissance de ses coups. Kovalev est aussi très efficace en contre-attaque et arrive souvent à surprendre ses adversaires lorsqu’il lance sa droite sans avertissement. Sa force de frappe peut changer la donne à n’importe quel moment dans un combat et s’avère un excellent finisseur lorsque son adversaire est en difficulté

Andre Ward, pour sa part, est invaincu avec une fiche de 30 victoires, dont 15 par KO. En 218 rounds, son pourcentage de KO s’établit à 50%. De facto, il ne fait aucun doute que Kovalev est avantagé sur le plan de la puissance. Ward possède aussi un jab précis qui est toutefois moins puissant que celui de Kovalev, mais il excelle très bien en contre-attaque. Ward a tendance à lancer son jab en position inclinée et .excelle aussi en combinaison. Il possède un bon crochet de gauche capable de causer du dommage à ses adversaires. Confronté à un cogneur du calibre de Kovalev en décembre 2011 lors de la finale du Super 6, on se rappelle que Andre Ward avait mystifié Carl Froch. C’était toutefois il y a cinq ans.

En défensive : Andre Ward est avantagé. L’esquive est la force principale de l’Américain qui fait souvent mal paraître ses adversaires en se déplaçant constamment afin d’éviter leurs coups de puissance. Très rusé, il est très difficile à toucher solidement ce qui pourrait causer des ennuis à Kovalev et le frustrer, le poussant à vouloir trop en faire. Il contrôle très bien la distance avec son adversaire, il sait anticiper afin d’éviter les coups, et applique des feintes avant de lancer son jab. Bien qu’il soit efficace lorsqu’il boxe à l’intérieur, Ward devra être prudent face au russe qui pourrait lui faire payer chèrement ses tactiques, même si Kovalev est moins efficace au corps à corps. En 2014 face à Hopkins, alors toujours redoutable malgré ses 49 ans, Kovalev avait réussi à percer la défensive en utilisant son jab et ses coups de puissance. Sans vouloir comparer Ward et Hopkins, le style hermétique de la défense de Ward peut s’apparenter à celui de Hopkins dans ses belles années. Cependant, Ward a seulement 32 ans. Il sera donc intéressant de voir comment il pourra composer avec la puissance de Kovalev, qui s’avère agile en défensive, est discipliné et sait garder la distance afin de contrer les frappes de ses adversaires. Celui-ci varie ses angles de déplacement, et a tendance à feinter ses coups afin de déjouer et faire réfléchir ses opposants. Tout de même, avantage Ward en raison de son style hermétique. Pour ce qui est de la capacité à encaisser des deux pugilistes, rien de problématique. Cependant, Kovalev a tendance à commencer lentement ses combats et il a été envoyé au tapis au premier round contre Blake Caparello en août 2014.

Facteur vitesse : Kovalev est rapide et mobile. Il possède des mains rapides et un bon jeu de pieds. Toutefois, il ses déplacements peuvent être prévisible. Ward est aussi rapide et habile au niveau de l’exécution et dans ses nombreuses esquives. La vitesse est donc comparable.

Expérience : Kovalev disutera son 10e combat de championnat du monde et à sa 9e défense de titres, livrant 57 rounds en combats de championnats du monde jusqu’ici. Ward en sera à son 8e combat de championnat du monde. Dans ses 7 duels, il a livré 81 rounds. L’expérience s’avère donc comparable entre les deux boxeurs, qui ont été impliqués dans de grands combats au cours de leur carrière. Au niveau amateur, il est aussi question d’une expérience considérable pour les deux pugilistes. Kovalev est plus expérimenté avec 215 combats amateurs où il a obtenu 193 victoires contre 22 défaites. Pour Ward, il a livré 119 combats et sa fiche est de 114 victoires contre 5 revers.

Facteurs intangibles : Kovalev est entraîné par John David Jackson, qui fut champion du monde chez les super mi-moyens et les moyens de 1988 à 1994, respectivement à la WBO et à la WBA. Jackson a aussi entrainé d’autres champions du monde, dont Bernard Hopkins; Shane Mosley; Nate Campbell et Randall Bailey. L’entraîneur de Ward, Virgil Hunter, travaille l’Américain depuis qu’il a 9 ans. Hunter a été élu entraîneur de l’année en 2011 par l’Association américaine des chroniqueurs de boxe d’Amérique (BWAA). Il a, lui aussi, été associé avec plusieurs anciens champions du monde, dont Amir Khan; Demetrius Andrade et Andre Berto. Comparable à ce niveau.

Il faut par ailleurs considérer qu’à 33 ans, Kovalev est au zénith de sa carrière. Dans ses quatorze dernières victoires, il en a obtenu 12 par KO ou TKO. Bien que Ward n’ait jamais subi la défaite en boxe professionnelle, l’américain a été plus inactif que le russe depuis sa victoire contre Carl Froch au tournoi du Super 6 des super-moyens en décembre 2011. Au cours de cette période, Kovalev a disputé 13 combats contre 5 pour Ward. Durant cette période de cinq ans, on a assisté à l’ascension de Kovalev tandis que pour Ward, on a l’impression que ses meilleures performances appartiennent au passé. Avantage Kovalev. De plus, le fait que Kovalev est un mi-lourd naturel contrairement à Ward, qui a principalement évolué chez les super-moyens tout au long de sa carrière, est un facteur qui risque de favoriser le russe en raison de sa force et de sa corpulence. Ward a disputé seulement deux combats chez les mi-lourds en carrière, ses deux derniers en 2016 contre Sullivan Barrera et Alexander Brand. Facteur à considérer en vue de cet affrontement. Toutefois, la question qu’il faut se poser en vue de ce duel. Est-ce que la puissance de Kovalev pourra contrer la défensive de Ward? À mon avis oui.

En vertu de ces différents critères, je m’attends à une victoire du Krusher par décision unanime. La puissance de Kovalev fera encore la différence dans ce combat. Cependant la défensive de Ward pourrait causer certains ennuis au champion. Bon combat.

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